Jean Marie Vergez et le 12 ème de ligne (1797-1806)

Le 28 janvier 1797, la douzième demi-brigade de ligne, alignée pour la parade, présente les armes à son nouveau chef de brigade-commandant, le chef de bataillon Jean-Marie Vergez.

Les soldats, au garde à vous, examinent avec curiosité leur nouveau commandant dont les exploits sont déjà connus de la troupe. Tous savent que cet homme de quarante ans, impassible sur son cheval, bien sanglé dans un uniforme impeccable, est l'auteur des deux coups de pistolet qui ont blessé sérieusement le chef rebelle vendéen Charette, permettant son arrestation pour le plus grand soulagement du gouvernement en place. Un soldat de métier originaire de Bigorre qui, après douze ans dans les armées du roi, est devenu garde national puis officier des armées de la République, se distinguant par son intrépidité en Navarre et en Vendée.

Le douzième de ligne vient de se faire remarquer quelques jours auparavant, le 12 janvier,  au sanglant combat de La Favorite près de Mantoue sous le commandement du général Sérurier. A la suite de cet exploit, le régiment est affecté à la défense de Rome sous le commandement du général Masséna qui vient de se couvrir de gloire à Rivoli le même jour. Les troupes françaises sont partout et remportent victoire sur victoire. Pourtant ce tableau triomphant comporte des ombres, le général Duphot est assassiné à Rome en décembre 1797, et cet acte provoque une répression féroce. Masséna est accusé de corruption et le Directoire le remplace par Gouvion Saint Cyr puis par Macdonald. C'est sous le commandement du général Macdonald que Jean Marie Vergez, à la tête de la 12e demi-brigade, fait la campagne de Naples puis, talonné par les forces autrichiennes, la retraite vers l'Italie du Nord et les Grisons, montrant un courage et un allant  extraordinaire qui le feront citer deux fois, à Modène et à Novi, à l'ordre de l'armée. Pendant ce temps, le Directoire vit ses derniers instants. Bonaparte, après le coup de force du 18 Brumaire, est nommé Premier Consul à vie.

1803-1806

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La France est en paix pendant trois ans et le 12ème de ligne est cantonné à Verdun. La demi-brigade, suivant les réformes de 1803, est devenue régiment. Vergez en est son colonel. Il a été nommé légionnaire à la deuxième promotion de l'Ordre de la Légion d'Honneur. Il profite de ce repos à Verdun pour reconstituer les réserves de munitions, renouveler les uniformes et assurer la remonte en chevaux. Bonaparte, Premier Consul, est élu en juin 1805 Empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er. Il réalise son rêve, créer une Grande Armée pour envahir l'Angleterre. Fin prêt, le 12ème rejoint, en 1805, le camp de Boulogne, plus particulièrement Ambleteuse sur les bords de la Manche où il est intégré à la brigade Petit de la division Gudin du IIIe corps sous les ordres du maréchal Davout. La Grande Armée ! C'est là, à cet instant, que commence le mythe de l'armée napoléonienne invincible. Napoléon, par un subtil amalgame de " vieilles moustaches " aguerries et de jeunes conscrits enthousiastes, a créé une armée d'élite, le plus sûr soutien de l'Empereur qui sait, par la magie de son discours, exiger d'elle l'impossible et lui donner l'élan pour la victoire.

La brigade Petit, en arrière garde, arrive trop tard pour participer à Austerlitz malgré une marche forcée de plus de 140 km en trente six heures, barda sur le dos. Un exploit parmi d'autres. Les mémoires de l'époque en regorgent. Mais le régiment du colonel Vergez est l'artisan de la victoire à Auerstaedt. C'est une bataille peu connue qui a lieu le même jour qu'Iéna, le 14 octobre 1806. Mais si, à Iéna, l'Empereur commande le gros de l'armée française face à l'avant-garde prussienne, le IIIe corps, lui, a affaire tout seul au gros des troupes prussiennes et se couvre de gloire. Davout devient duc d'Auerstaedt. Hélas, Jean Marie Vergez après avoir emporté Tauchwitz, une des villages autour d'Auestaedt, est blessé très grièvement par un biscaïen qui lui traverse l'épaule gauche et le cou et il est sauvé de justesse par Larrey, le chirurgien de la Garde Impériale. Pour montrer sa satisfaction, l'Empereur autorise le IIIe Corps de Davout, dont les divisions sont baptisées " les Trois Immortelles " à entrer le premier dans Berlin. Il nomme Jean-Marie Vergez général et baron et inscrit Auerstaedt au drapeau du 12ème de ligne. Le nouveau général, paralysé du bras, quitte son cher 12ème pour un long congé.

Les chemins du général Vergez et du 12 ème de ligne se séparent là.


Le régiment continue sa marche triomphale durant cette campagne de Prusse, à Pulstuck, à Eylau, à Wagram. Sous la main de fer du maréchal Davout, il se distingue pendant la campagne de Russie, perd le général Gudin à Smolensk, la moitié de ses effectifs à Borodino, les trois-quarts de ceux qui restent durant la terrible retraite. Mais le IIIe corps est le seul à traverser la Bérésina au pas cadencé, au son de ses fifres et de ses tambours,  fantôme émouvant de sa splendeur passée.  Il suivra ensuite les aléas de l'Empire, se distinguant durant la campagne de France,  la défense de Paris et à Waterloo.

Qu'est devenu le général Vergez ? Muté en Espagne, il sert en Catalogne sous Gouvion Saint Cyr où il est gravement blessé au genou, en Aragon sous Suchet. Nommé commandant de la Légion d'honneur, il est appelé au grand Quartier Général, une place d'honneur attribuée aux braves.
Trop invalide pour participer à la Campagne en Russie, il démissionne mais reprend du service en 1813, Leipzig, Lutzen, Bautzen, se bat comme un lion à Hanau malgré un bras paralysé et un genou détruit, et sauve l'Empereur acculé dans un bois.
Gouverneur de Soissons sous Louis XVIII, il propose ses services à l'Empereur pendant les Cent Jours mais Napoléon refuse. Il a besoin d'hommes en pleine santé.
Quand l'Empire tombe définitivement, comme beaucoup de demi-soldes, il vit sa retraite dans une médiocrité financière qui confine rapidement à la gêne d'autant qu'il a encore une nombreuse famille à élever.
Il meurt en 1831, heureux d'apprendre que le général Bugeaud qui fut son aide de camp en Aragon en 1810 sous Suchet, vient de lever une armée pour conquérir l'Algérie et y incorpore les anciens officiers de l'Empire encore valides.

Document

Congé  de réforme du caporal Jean Legros de la  12 ème demi-brigade signé par le Chef de brigade Jean Marie Vergez

*Transcription recto*

Le douze septembre mile sept cent quatre vingt treize jusqu'au 24 prérial an sept au dit caporal jusqu'il a été fais prisonnier de guerre, faits caporal le 9 frimaire, an deux, fourrier le vingt deux brumaire an quatre,  sergent le vingt deux germinal an cinq, sergent major le onze prérial an sept  a fais les campagnes de 1793, ans 2,3 ,11 ,5 ,6 et 7, aux armées du rhin delaguel,  d'Italie, de Rome et de Naples et a été blessé d'un coup de feu au bras droit, à l'affaire qui a eu lieu le vingt quatre prérial an sept, à Modène, en Italie.  Que pendant le temps de son service il s'est comporté avec zèle et probité.
Le présent lui a été délivré d'après le certificat des officiers  de l'armé et l'hospice civil et militaire de Chaumont transcrit au dos.
Fait à Verdun, Dép de la Meuse le Vingt quatrième jour du mois de fructidor…….
L'an  neuf de la république française 
Les membres du Conseil d'adm.  de la 12 è demi -brigade  de ligne 

Le Chef de brigade Vergez

*Transcription verso*

Nous sousignés officier de santé de l'hospice Civil et militaire de Chaumont haute marne certifions que le citoyen Jean Legros Sergent major de la Septième Compagnie du bataillon  de Campagne de la Douzième demi-brigade de ligne, à le bras droit affecté d'une longue et profonde cicatrice avec plaie fistuleuse Résultantes d'un coup de feu qui lui a fracturer la partie inférieur de l'os lunérul dou il se détache de tems en temps de Esquilles  Cette Blessure le mettant dans l'impuissance d'exercer Librement les différents mouvements de ce bras, nous estimons qu'il est hors d'état de continuer XXX service militaire et dans le cas d'obtenir un congés de réforme  diffiXXXXXX avec la récompense que lui ont mérité ses Services. En fois de quoi nous lui avons délivré le présent pou lui Servir et Valoir ce que de Raison à Chaumont haute marne sept thermidor an neuf de la République française
"Signé" 
Chalain, a Barbotan XXXXXX,  par moi Commissaire de guerre de dep de la haute marne
Signé debry
Pour ampliation
Les membres du conseil d'administration

LE BIGOURDAN OUBLIE

Biographie romancée de Jean-Marie Vergez, général baron d'Empire.
Par Anne Quéruel.

LE BIGOURDAN OUBLIE
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Maison natale de Jean Marie Vergez aujourd'hui mairie de  Saint Pé de Bigorre



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